Certains responsables politiques critiquent le Conseil électoral provisoire (CEP) pour avoir intégré l’inscription ou l’enregistrement des électeurs dans la phase préélectorale. Ils vont jusqu’à demander à l’institution électorale de renoncer à ce processus, estimant qu’il pourrait, d’une manière ou d’une autre, avoir un impact sur la participation électorale.
Mais une question mérite d’être posée : l’inscription des électeurs est-elle réellement un obstacle à la participation ou constitue-t-elle, au contraire, une étape indispensable à la crédibilité d’une élection ?
Dans une démocratie moderne, l’inscription des électeurs ne constitue pas une formalité secondaire. Elle permet notamment de constituer et de mettre à jour le registre électoral, d’identifier les citoyens habilités à voter, de limiter les risques de fraude et de doublons et de faciliter l’organisation matérielle du scrutin. Elle contribue également à donner aux électeurs une meilleure visibilité sur leur statut électoral et sur leur lieu de vote.
Certes, dans un contexte comme celui d’Haïti, marqué par l’insécurité, les déplacements de population, la faiblesse des institutions et les difficultés d’accès à certaines régions, l’enregistrement des électeurs peut représenter un véritable défi. Il serait donc légitime de s’interroger sur les conditions dans lesquelles cette opération doit être menée, sur sa durée, son accessibilité et les moyens mobilisés par le CEP. Mais remettre en cause le principe même de l’inscription des électeurs est une toute autre question.
Une élection crédible ne se résume pas à ouvrir les bureaux de vote le jour du scrutin. Elle repose sur toute une chaîne d’opérations préparatoires : établissement du registre électoral, inscription des électeurs, délimitation et localisation des bureaux de vote, formation du personnel électoral, inscription des candidats, campagne, vote, dépouillement et proclamation des résultats. Négliger l’une de ces étapes au nom de la recherche d’une participation rapide pourrait, paradoxalement, fragiliser la crédibilité du scrutin.
La véritable question n’est donc pas de savoir s’il faut inscrire les électeurs, mais comment organiser cette inscription de manière efficace, inclusive, transparente et adaptée aux réalités du pays.
Vouloir supprimer cette étape pour favoriser la participation pourrait ainsi produire l’effet contraire. Car une forte participation à une élection dont le registre électoral est contesté ne garantit ni sa crédibilité ni sa légitimité.
En démocratie, aller vite ne doit jamais signifier aller moins bien. L’inscription des électeurs n’est pas une entrave à l’élection : elle en est l’une des fondations. Le CEP doit donc être appelé non pas à abandonner cette étape, mais à l’améliorer, à la rendre accessible au plus grand nombre et à garantir sa transparence.
Au fond, la question est simple : si nous voulons des élections crédibles, pouvons-nous vraiment faire l’économie d’un électorat correctement identifié ?
Par Pierre Josué Agénor Cadet
