Le 7 septembre 2026 devait être le jour du retour à l’école. Il aura surtout été celui du retour de la peur.
À peine la nouvelle année scolaire 2026-2027 lancée, le kidnapping semble reprendre du terrain dans l’Ouest et dans l’Artibonite. Pourtant, les autorités avaient promis de renforcer la sécurité à l’occasion de la rentrée. Et, fait suffisamment rare pour être souligné, la présence policière était particulièrement visible dans plusieurs rues et sur certains axes stratégiques.
Alors, une question dérangeante s’impose : si la police est davantage présente dans les rues, pourquoi les kidnappeurs semblent-ils toujours aussi libres d’opérer ?
C’est toute la contradiction de la situation actuelle.
Quelques jours avant la rentrée, la Police nationale avait donné des garanties fermes à la population. Mais, presque au même moment, plusieurs cas d’enlèvement ont été signalés dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince et dans l’Artibonite.
Les victimes ne sont pas uniquement des anonymes. Une dame aurait été enlevée dans une camionnette à son arrivée à un poste de péage à Martissant. Un journaliste respecté, présentateur de nouvelles à Radio Métropole, aurait également été victime d’un enlèvement. Des membres d’une délégation conduite par la directrice générale de l’Office national de partenariat en éducation auraient eux aussi été enlevés.
Le kidnapping n’épargne donc plus personne.
Il frappe les professionnels, les fonctionnaires, les journalistes, les citoyens ordinaires et même les membres des forces de l’ordre. Des policiers, du simple agent jusqu’aux hauts gradés, sont eux-mêmes exposés. Depuis plusieurs mois, l’opinion publique reste par ailleurs sans réponse satisfaisante sur le cas d’un inspecteur général de la police, présenté comme chef de cabinet au ministère de la Défense nationale et professeur d’université, qui aurait été enlevé avec son jeune enfant.
À ce stade, le problème dépasse largement la question du kidnapping. C’est la capacité de l’État à protéger ses citoyens qui est mise à l’épreuve.
Une police visible ne suffit pas. Des barrages ne suffisent pas. Des promesses ne suffisent plus. La population attend des résultats.
Car pendant que les autorités parlent de sécurité, les familles calculent les risques avant d’envoyer leurs enfants à l’école. Pendant que l’on annonce des mesures de protection, des citoyens hésitent à emprunter certaines routes. Pendant que l’on prépare de nouvelles échéances politiques, une partie du pays continue à vivre sous la menace des armes, des enlèvements et des massacres.
Et c’est précisément là que le débat politique devient incontournable.
Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, le pays a connu plusieurs gouvernements et plusieurs promesses de redressement. Pourtant, l’insécurité demeure l’une des principales réalités de la vie quotidienne. Dans ce contexte, voir certains acteurs politiques se présenter déjà comme les grands gagnants d’une période aussi catastrophique peut difficilement laisser l’opinion indifférente.
La politique ne peut pas être un refuge pour ceux qui refusent de répondre de leur bilan.
Les Haïtiens veulent des élections, certes. Mais ils veulent surtout pouvoir vivre, travailler, circuler et envoyer leurs enfants à l’école sans avoir à se demander s’ils rentreront vivants à la maison.
Il y a un moment où les belles paroles et les discours cessent de convaincre.
Ce moment est arrivé.
La population en a assez des promesses non tenues, des garanties sans lendemain, des annonces spectaculaires et des explications qui ne changent rien à son quotidien.
Elle en a marre d’avoir peur.
Elle en a marre d’être abandonnée.
Et surtout, elle en a marre qu’on lui demande de croire que tout va mieux alors que, chaque jour, la réalité lui démontre le contraire.
Une rentrée scolaire sous la menace du kidnapping n’est pas une rentrée normale. C’est le symptôme d’un État qui doit, plus que jamais, prouver qu’il est encore capable de protéger ceux qu’il gouverne.
Par Pierre Josué Agénor Cadet
