Le temps est un redoutable juge : il finit toujours par démasquer les tartuffes politiques et les faux prophètes de la démocratie.
Sous Jovenel Moïse, certains de nos grands donneurs de leçons avaient fait de la Carte d’identification nationale leur bête noire. Ils la baptisaient avec mépris « carte Dermalog », appelaient la population à ne pas l’utiliser et dénonçaient, avec une indignation savamment orchestrée, toute initiative électorale. À les entendre, participer aux élections revenait presque à trahir la patrie.
Aujourd’hui, comme par enchantement, les mêmes exhibent fièrement leur carte d’identification et se précipitent pour se faire inscrire en vue des élections. Et cela, dans un pays où les conditions sécuritaires demeurent parmi les plus précaires.
Que s’est-il donc passé ? La carte a-t-elle changé, ou sont-ce les intérêts qui ont changé ? Les élections sont-elles devenues démocratiques par miracle, ou bien certains opposants d’hier ont-ils simplement changé de costume ?
Cette spectaculaire volte-face ne manque pas de rappeler que, chez certains acteurs politiques, les principes sont à géométrie variable : on les brandit lorsqu’ils servent ses intérêts et on les range au placard lorsqu’ils deviennent encombrants.
Le peuple n’est pas dupe. Il observe, il compare et surtout, il se souvient. Et le temps vient de rappeler une vérité cruelle : ceux qui prétendaient hier défendre la démocratie contre les cartes et les élections semblent aujourd’hui découvrir qu’elles peuvent aussi servir leurs ambitions.
Le plus grave n’est pas qu’ils aient changé d’avis. En démocratie, changer d’avis est un droit. Le plus grave, c’est de vouloir faire croire au peuple qu’on n’a jamais pensé autrement.
Par Pierre Josué Agénor Cadet
