Alors que l’enregistrement des électeurs se poursuit timidement dans les différents bureaux aménagés à cette fin, la procédure d’inscription en ligne des candidats arrive à son terme. Elle prendra fin dans moins de quinze jours, soit le 3 septembre 2026. Selon l’agenda soumis aux partis politiques, les candidats disposeront ensuite de dix jours, du 3 au 12 septembre, pour déposer physiquement leurs dossiers auprès du Conseil électoral provisoire (CEP).

Mais, à mesure que le calendrier électoral avance, un malaise semble gagner l’équipe au pouvoir et plusieurs partis politiques qui lui sont proches. Ceux qui ont contribué à définir les règles du jeu seraient-ils aujourd’hui en train de découvrir qu’ils ont eux-mêmes contribué à construire un piège dont ils peinent à sortir ?
Chez nous, il existe malheureusement une vieille habitude : signer, approuver ou adopter des textes sans toujours prendre le temps d’en mesurer toutes les conséquences. Est-ce précisément ce qui serait arrivé au gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé ?
La question mérite d’être posée. Le pouvoir avait la possibilité d’examiner, de discuter et, le cas échéant, de contester les dispositions du décret électoral qui lui avait été soumis par le CEP. Or, il a finalement procédé à des modifications avant de l’approuver. Aujourd’hui, certaines des dispositions contestées par les secteurs proches du pouvoir ne sont donc pas uniquement le fruit du travail du CEP : elles résultent également de décisions prises ou acceptées par les autorités elles-mêmes.
À mesure que le processus électoral progresse, on a de plus en plus l’impression que le regroupement politique au pouvoir et certains partis qui lui sont proches ne seraient pas totalement prêts à affronter les urnes. Leurs critiques à l’égard du décret électoral deviennent de plus en plus virulentes, certaines dispositions étant désormais jugées irréalistes ou difficilement applicables.

Mais une question simple s’impose : où étaient-ils lorsque ces règles étaient discutées et adoptées ?
Le cas de l’article 130 du décret électoral paraît particulièrement révélateur. Cette disposition semble aujourd’hui constituer un véritable casse-tête pour plusieurs formations politiques. Le texte fixe notamment à 30 000 le nombre de membres requis pour qu’un parti ou un regroupement puisse satisfaire aux conditions prévues par le processus électoral.

Or, jusqu’à ce lundi 24 août 2026, aucun des partis ou regroupements proches du pouvoir ne figurait, semble-t-il, parmi ceux ayant atteint ce seuil de 30 000 membres sur la plateforme du CEP.
Le paradoxe est saisissant : dans la version initiale du décret préparée par le CEP, le seuil aurait été fixé à 15 000 membres. C’est le pouvoir qui aurait demandé que ce nombre soit porté à 30 000. Comment comprendre, dès lors, que ceux qui se trouvent aujourd’hui confrontés à cette exigence dénoncent une règle dont ils ont eux-mêmes contribué à relever le niveau ?
Il ne s’agit pas ici de nier les difficultés réelles du processus électoral. La lenteur de l’enregistrement des électeurs, les contraintes logistiques, l’insécurité et les faiblesses institutionnelles constituent des obstacles sérieux qui peuvent légitimement susciter des interrogations. Mais la cohérence politique exige aussi que les acteurs qui ont participé à l’élaboration des règles assument leurs choix.
On ne peut pas, au gré des circonstances, être à la fois architecte des règles et victime de ces mêmes règles.
Le plus inquiétant serait que la contestation actuelle du décret électoral serve de prétexte à un nouveau ralentissement du processus. Après des années de crise institutionnelle et d’interruption de la vie électorale, Haïti ne peut se permettre de transformer chaque difficulté technique ou politique en nouvelle justification pour repousser indéfiniment les élections.
Le pouvoir doit donc clarifier sa position. S’il estime que certaines dispositions du décret sont réellement irréalistes, il lui appartient de l’expliquer publiquement, preuves à l’appui, et de proposer des solutions compatibles avec la tenue des élections dans les délais prévus. Mais s’il s’agit plutôt d’une difficulté à se conformer à des règles que l’équipe au pouvoir a elle-même contribué à établir, alors le problème est d’une tout autre nature.

Le piège s’est-il refermé ?
En politique, il faut toujours réfléchir aux conséquences des règles que l’on impose aux autres. Car il arrive qu’un mécanisme conçu pour contrôler ses adversaires finisse par contraindre ceux qui l’ont imaginé.
Aujourd’hui, le pouvoir semble découvrir une réalité implacable : à force de modifier les règles du jeu, il risque de s’être lui-même pris au piège. Le véritable test sera désormais de savoir s’il acceptera de jouer avec les règles qu’il a contribué à écrire ou s’il cherchera, une fois de plus, à changer les règles lorsque celles-ci commencent à le gêner.
Par Pierre Josué Agénor Cadet

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