Quand un Premier ministre découvre qu’il n’y a pas de justice

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À sa sortie de l’hôtel Caribe, où venait d’être lancé le forum de trois jours organisé par le ministère de la Défense autour du thème « Quelle Armée pour Haïti ? »

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À sa sortie de l’hôtel Caribe, où venait d’être lancé le forum de trois jours organisé par le ministère de la Défense autour du thème « Quelle Armée pour Haïti ? », le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a croisé l’ancien député et militant politique Arnel Bélizaire. En le voyant libre, il aurait lancé, sur un ton manifestement surpris : « Oh ! N’est-ce pas que tu es libre ? Où est le ministre de la Justice ? Il n’y a pas de justice dans ce pays ? »

Cette déclaration, venant d’un haut dignitaire de l’État , à fortiori d’un Premier ministre, même à la tête d’un pouvoir de fait , ne peut laisser indifférent. Elle révèle, au-delà de la légèreté apparente de la scène, une inquiétante confusion au sommet de l’État et illustre le degré de dégradation de notre culture politique et institutionnelle.
Car si le Premier ministre voulait simplement exprimer son étonnement devant la libération d’un individu qu’il croyait détenu, ses propos n’en demeurent pas moins révélateurs. Ils donnent surtout l’impression d’un responsable qui semble découvrir, à travers le cas d’un citoyen particulier, les dysfonctionnements de la justice qu’il devrait contribuer à corriger en tant que chef du gouvernement.


Plus préoccupant encore, cette sortie traduit une confusion manifeste entre les institutions. Le ministre de la Justice appartient au pouvoir exécutif ; il n’est pas le pouvoir judiciaire. Dans un État fondé sur la séparation des pouvoirs, le ministre de la Justice ne peut donc être présenté comme celui qui décide directement de la liberté ou de la détention d’un citoyen. Ces décisions relèvent des autorités judiciaires compétentes, conformément à la Constitution et aux lois.


Le problème n’est donc pas seulement ce qu’a dit le Premier ministre. Il est dans ce que cette déclaration laisse entrevoir : une classe dirigeante qui semble parfois méconnaître les règles élémentaires de l’État de droit, tout en prétendant conduire sa reconstruction.
Le plus grave, finalement, n’est pas qu’un Premier ministre demande où est la justice. C’est qu’après tant d’années de crise institutionnelle, il semble lui-même ignorer où elle se trouve.
Et lorsqu’au sommet de l’État, la séparation des pouvoirs devient une notion approximative, c’est la démocratie elle-même qui finit par en payer le prix.

Par Pierre Josué Agénor Cadet

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