Merline Jean s’en est allée… Le monde du livre pleure une âme précieuse !

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Merline Jean

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Il est des nouvelles qui nous frappent de plein fouet, nous laissant sans voix, comme si le temps s’arrêtait brusquement. La disparition de Merline Jean est de celles-là.

Je viens d’apprendre, par l’intermédiaire de sa sœur, Lynda Jean, mon ancienne élève, que Merline a rendu son dernier souffle à l’hôpital, où elle était admise depuis plusieurs semaines à la suite d’un malaise. À cette annonce, je suis resté sidéré, profondément attristé et presque incapable de trouver les mots pour exprimer ma peine. Comment accepter qu’une femme aussi dynamique, aussi attachante et aussi dévouée au monde du livre puisse nous quitter si brusquement ?

J’ai eu le privilège de rencontrer Merline à plusieurs reprises, au fil des années, dans deux lieux emblématiques de la vie littéraire haïtienne : Communication Plus et Livres en folie. À chaque rencontre, elle m’a laissé le souvenir d’une femme accueillante, sage, respectueuse, passionnée de lecture et profondément attachée à la promotion du livre. Quel auteur haïtien fréquentant ces milieux pourrait prétendre ne pas connaître Merline Jean ? Sa présence, son dévouement et son sens du contact humain ont marqué plus d’un écrivain.

Merline a travaillé à plein temps à Communication Plus pendant plusieurs années, avant de poursuivre ses activités à temps partiel, après avoir bénéficié, sous l’administration du ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, M. Antoine Augustin, d’un contrat lui permettant de travailler à la Direction du curriculum et de la qualité (DCQ) du MENFP.

À Communication Plus, elle m’accueillait avec professionnalisme et bienveillance pour préparer les dossiers nécessaires au placement de mes nouveaux ouvrages en vue de leur distribution. À Livres en folie, elle venait régulièrement me saluer, comme elle avait l’habitude de le faire auprès des autres auteurs qui tenaient des séances de signature au comptoir de Communication Plus. Ces gestes, qui pouvaient sembler ordinaires, témoignaient pourtant d’une qualité humaine devenue trop rare : l’attention sincère portée aux autres.

À la Direction du curriculum et de la qualité, comme dans les milieux littéraires et culturels qu’elle fréquentait, Merline savait se faire apprécier par son savoir-faire, son savoir-être et sa simplicité. Elle ne cherchait pas nécessairement à occuper le devant de la scène ; elle savait plutôt se rendre indispensable par la qualité de son travail, son sens des responsabilités et la chaleur de ses relations humaines. Elle faisait partie de ces personnes dont on mesure véritablement l’importance lorsqu’elles ne sont plus là.

Avec le départ de cette grande amoureuse du livre, le monde littéraire et culturel haïtien perd une servante fidèle, une collaboratrice précieuse et une femme dont le dévouement mérite d’être salué. Aux côtés de l’intellectuelle hors pair Anaïse Chavenet, dont elle était l’un des bras droits à Communication Plus, Merline a apporté sa contribution à la vie du livre en Haïti. Derrière les ouvrages publiés, les rencontres entre auteurs et lecteurs et les grandes manifestations littéraires, il y a aussi des femmes et des hommes qui travaillent avec discrétion, conviction et amour. Merline était de ceux-là.

Sa disparition nous rappelle une vérité douloureuse : la valeur d’une personne ne se mesure pas seulement à ses titres ou à sa visibilité publique, mais aussi aux traces qu’elle laisse dans le cœur de ceux qu’elle a côtoyés. Merline laisse le souvenir d’une femme de devoir, d’une professionnelle engagée et d’une passionnée du livre. Son absence se fera sentir auprès des auteurs, des lecteurs, de ses collègues et de tous ceux qui ont eu la chance de croiser son chemin.

Mais au-delà du monde professionnel, c’est une famille qui pleure aujourd’hui une fille, une sœur et une mère. Je partage sincèrement la douleur de ses parents, notamment celle de son père, que Merline m’avait récemment présenté au Centre de conventions El Rancho, à l’occasion de Livres en folie. Je pense avec une profonde compassion à sa sœur Lynda Jean, cadre respectée du MENFP, à son fils de 16 ans, actuellement en classe de secondaire 3, ainsi qu’à Anaïse Chavenet, qui considérait Merline comme sa propre fille.

Mes pensées vont également à tous ses amis et collègues de Communication Plus, à ceux de la Direction du curriculum et de la qualité, ainsi qu’aux organisateurs de Livres en folie et à l’ensemble de la communauté littéraire haïtienne, durement éprouvés par cette perte.

Merline, tu es partie, mais tu ne pars pas tout entière. Tu laisses derrière toi des souvenirs, des gestes de bonté, des marques de professionnalisme et une empreinte humaine que le temps ne saurait effacer. Les livres que tu as contribué à faire circuler continueront à porter des idées, des rêves et des connaissances. Et dans le cœur de ceux qui t’ont connue, ton souvenir restera vivant, comme une page précieuse que l’on ne se résout jamais à refermer.

Aujourd’hui, les mots me manquent, mais mon cœur s’incline devant ta mémoire. Au nom de tous ceux qui ont apprécié ta présence et ton engagement, je te rends cet hommage empreint de tristesse, de gratitude et d’affection.

Repose en paix, Merline Jean. Que la terre te soit légère et que ton souvenir demeure une lumière pour tous ceux qui t’ont aimée.

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