Vingt ans des Universités Publiques Départementales : le pari du savoir, la promesse de l’avenir
Dans une Haïti trop souvent définie par ses crises politiques, ses difficultés économiques et ses défis sécuritaires, il est essentiel de savoir reconnaître les réussites qui construisent l’avenir.
Photo : UPD (Le Nouvelliste)
Dans une Haïti trop souvent définie par ses crises politiques, ses difficultés économiques et ses défis sécuritaires, il est essentiel de savoir reconnaître les réussites qui construisent l’avenir. Les vingt ans des Universités Publiques Départementales (UPD), célébrés ce jeudi 30 juillet 2026, ne constituent pas seulement un anniversaire institutionnel ; ils représentent la consécration d’une vision, celle d’une République qui fait du savoir un levier de développement, de justice sociale et d’équilibre territorial.
Créé en 2006 sous l’administration du ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Gabriel Bien-Aimé, et sous le leadership du Premier ministre Jacques-Édouard Alexis, le Réseau des Universités Publiques en Région, devenu par le décret du 30 juin 2020 le Réseau des Universités Publiques Départementales, répondait à une ambition claire : rompre avec la concentration historique de l’enseignement supérieur dans la capitale et offrir aux jeunes de tous les départements les mêmes chances d’accéder à une formation universitaire de qualité.
Vingt ans plus tard, les résultats parlent d’eux-mêmes. Le réseau compte désormais onze universités publiques, avec la création récente de l’Université Publique de l’Ouest (UPO). Près de 20 000 étudiants y poursuivent leurs études, encadrés par plus de 7 000 enseignants et membres du personnel administratif et de soutien. Ces chiffres traduisent bien davantage qu’une croissance statistique : ils témoignent d’une véritable démocratisation de l’enseignement supérieur en Haïti.
La cérémonie organisée à l’Université Publique du Nord au Cap-Haïtien (UPNCH), désignée par le Conseil des recteurs pour accueillir cette commémoration, réunit l’ensemble de la communauté universitaire, des représentants du gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, d’anciens ministres de l’Éducation nationale, des autorités locales, des partenaires institutionnels, des professeurs, des chercheurs et des étudiants. Comme l’a rappelé le professeur Joram Vixamar, Ph. D., président du Réseau des UPD et recteur de l’UPNCH, cette célébration est avant tout celle d’une œuvre collective bâtie avec persévérance et conviction.
L’apport des UPD dépasse largement le cadre académique. Elles ont profondément modifié la géographie du savoir en Haïti. Pendant longtemps, poursuivre des études universitaires signifiait quitter son département, rejoindre Port-au-Prince, voire émigrer. Cette réalité favorisait l’exode des jeunes, accentuait les inégalités régionales et privait les collectivités territoriales de leurs meilleurs talents. Les UPD ont inversé cette logique en rapprochant l’université des citoyens et en faisant de chaque département un espace de production du savoir, de formation professionnelle,de recherche et d’innovation.
Cette présence universitaire constitue également un puissant moteur de développement local. Chaque campus stimule l’économie régionale, crée des emplois, encourage la recherche appliquée et forme les cadres dont les collectivités, les entreprises et les administrations publiques ont besoin. Les UPD démontrent ainsi que l’université n’est pas seulement un lieu de transmission des connaissances ; elle est aussi un acteur stratégique du développement économique, social et culturel.
Aujourd’hui, le réseau propose des formations de licence et de master dans de nombreuses disciplines. Demain, il ambitionne d’aller plus loin avec la création, d’ici à 2030, d’une école doctorale dans chacune des Universités Publiques Départementales. Ce projet est porteur d’une vision audacieuse : faire d’Haïti un pays capable de produire davantage de recherche scientifique, d’innover à partir de ses propres réalités et de renforcer sa souveraineté intellectuelle.
Certes, beaucoup reste à accomplir. Les défis liés au financement, aux infrastructures, aux équipements scientifiques, à la coopération internationale et au contexte sécuritaire demeurent considérables. Mais ces contraintes ne doivent ni décourager les efforts ni faire oublier les acquis. Bien au contraire, elles imposent à l’État, aux partenaires techniques et financiers ainsi qu’à la société tout entière de soutenir davantage cette politique publique qui a démontré sa pertinence.
Les Universités Publiques Départementales incarnent une idée forte : celle d’une Haïti qui refuse la fatalité et qui choisit d’investir dans l’intelligence de sa jeunesse. Elles rappellent que le développement durable ne repose pas uniquement sur les infrastructures ou les investissements matériels, mais aussi sur la formation des femmes et des hommes appelés à diriger les institutions, à créer des entreprises, à produire des connaissances et à servir leur pays.
Vingt ans après leur création, les UPD peuvent être fières du chemin parcouru. Elles ont résisté aux crises, poursuivi leur mission malgré les difficultés et contribué à former une nouvelle génération de professionnels. Leur histoire est désormais une page importante de l’histoire contemporaine de l’enseignement supérieur haïtien.
À l’heure où le pays cherche les voies de sa reconstruction, les Universités Publiques Départementales apparaissent plus que jamais comme un investissement stratégique. Car l’avenir d’Haïti ne se gagnera pas seulement dans les urnes, les réformes institutionnelles ou les politiques économiques ; il se construira aussi dans les amphithéâtres, les bibliothèques, les laboratoires et les salles de recherche, là où se prépare chaque jour l’intelligence nationale.
A l’occasion de ce 20e anniversaire des UPD, une célébration de la parole a été présidée par l’Archevêque du Cap-Haïtien, Mgr Launay Saturné, en présence du Premier ministre Fils-Aimé, du ministre de l’Education Nationale et de la Formation Nrofessionnelle, Dr Déméro Vijjonet, du directeur de cabinet du premier ministre, Me Axène Joseph, également professeur d’université, des Recteurs , Vices-Recteurs et de la Rectrice des UPD, du Recteur de l’Université d’Etat d’Haiti, des autorités locales, particulièrement le Délégué du Nord et le vice délégué du Cap- Haitien, de l’ancien Président de l’Assemblée Nationale, Sénateur Dr Kelly Bastien, du Doyen Marc Prou, représentant de l’uniq ,des membres de l’actuel gouvernement, de doyens et professeurs des UPD, des délégations d’étudiants dont les lauréats des différents concours organisés à l’occasion de cet anniversaire. Dans leurs discours , tous les intervenants , dont le président du conseil des Recteurs des UPD et en même temps Recteur de l’Université Publique du Nord au Cap-Haïtien (, le dynamique Docteur Joram Vixamar, le Recteur de l’UEH, le ministre de l’Éducation nationale, le Premier ministre ont salué les résultats des 20 ans d’existence des UPD et forment le vœu qu’elles continuent à grandir, d’innover et d’inspirer les générations futures. Dans son allocution, le Président du Conseil des Recteurs a été chaudement applaudi lorsqu’il déclarait: » investir dans les UPD n’est pas une dépense mais un investissement de développement durable. » La journée de célébration s’est achevée en beauté par une grande soirée cultuelle organisée dans les locaux de l’université Publique Du Nord au Cap-Haïtien ( UPNCH) animé par le prestigieux Orchestre Septentrional. Ce moment de convivialité et de reconnaissance a été marqué par un vivant hommage rendu aux anciens Recteurs, à un ancien ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle ainsi qu’aux Recteurs actuellement en fonction pour leur contribution au développement des Universités Publiques Départementales (UPD). La cérémonie a également récompensé les étudiants et les délégations des 10 UPD qui se sont distingués lors des différentes compétitions organisées à l’occasion du 20e anniversaire du Réseau, notamment les concours d’éloquence et de football, témoignant ainsi du dynamisme et de la richesse de la vie universitaire en région. Le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avait, lors de la cérémonie officielle de la matinée, également reçu une marque de reconnaissance de la part du Réseau des UPD, en hommage à son engagement et à son soutien envers l’enseignement supérieur public en région.
Célébrer les vingt ans des UPD, c’est donc saluer une réussite collective, mais aussi renouveler un engagement : celui de faire de l’université publique un pilier de la refondation nationale. Plus qu’un anniversaire, cet événement est une promesse. Celle d’une Haïti qui croit en sa jeunesse, en son savoir et en son avenir.
Pierre Josué Agénor Cadet