Universités publiques départementales : vingt ans après, quel avenir pour le savoir en région ?

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Vingt ans après la création des premières Universités publiques en région, devenues Universités publiques départementales (UPD), quel bilan peut-on dresser de cette expérience de décentralisation de l’enseignement supérieur en Haïti ?

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Vingt ans après la création des premières Universités publiques en région, devenues Universités publiques départementales (UPD), quel bilan peut-on dresser de cette expérience de décentralisation de l’enseignement supérieur en Haïti ? À l’occasion d’un forum organisé par L’Olivier Magazine, le Dr Édouard Jules revient sur l’histoire, les acquis, les difficultés et les défis de ces institutions appelées à jouer un rôle majeur dans la démocratisation du savoir et le développement des régions.

« Université publique départementale (UPD) d’Haïti : vingt ans après » : tel était le thème du forum organisé par L’Olivier Magazine, jeudi soir 27 août, avec pour invité le Dr Édouard Jules, figure bien connue du monde universitaire et de l’administration publique haïtienne.

Ancien boursier de la France, ancien président de la Loterie de l’État haïtien, ancien ministre chargé de projets, ancien directeur général adjoint de la Direction générale des impôts (DGI), ancien vice-président de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) pour la Caraïbe, membre de l’École nationale d’administration des finances (ENAF), président de la Conférence des recteurs, présidents d’universités et dirigeants d’institutions d’enseignement supérieur haïtiennes (CORPUHA) depuis avril 2026 et recteur de l’Université publique du Sud aux Cayes (UPSAC), le Dr Édouard Jules a consacré près de deux heures à retracer l’histoire et à dresser un bilan de l’enseignement universitaire public en région.

Au cours de cet échange, l’ancien élève de l’École des Frères du Sacré-Cœur et du lycée Faustin Soulouque de Petit-Goâve a présenté les principales étapes de la création et de l’évolution de l’UPSAC, tout en élargissant son propos à l’ensemble des universités publiques en région (UPR).

Dans un exposé à la fois historique et critique, il a rappelé que ces institutions, mises en place à partir de 2006 sous le nom d’Universités publiques en région, sont devenues les Universités publiques départementales (UPD) en 2020, sous l’administration du président Jovenel Moïse, dans la perspective d’une nouvelle orientation de la politique d’enseignement supérieur, dans le cadre d’initiatives portées notamment par le Premier ministre Jacques-Édouard Alexis et le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Gabriel Bien-Aimé, en 2006.

Rappelons toutefois qu’en automne 1999, un véritable pavé fut jeté dans la mare avec la création du Centre d’enseignement supérieur technique (CEST) aux Cayes, et que l’UPSAC est la première UPR fondée.

Vingt ans après leur création, ces universités constituent, selon le Dr Jules, une expérience majeure dans la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur en Haïti. Leur implantation dans les départements a permis à de nombreux jeunes, particulièrement ceux issus de familles modestes, d’accéder à une formation universitaire sans être contraints de se rendre à Port-au-Prince. Au-delà de leur mission académique, les UPD peuvent ainsi être considérées comme un instrument d’aménagement du territoire et un levier potentiel de développement régional.

L’actuel gouvernement provisoire a pris l’initiative, selon le Dr Jules, de décentraliser davantage l’enseignement supérieur en constituant des pôles régionaux de compétence capables d’accompagner le développement économique, social et culturel à travers le pays.

C’est dans cette optique, poursuit le Dr Jules, que le Premier ministre Fils-Aimé a instruit son ministre de l’Éducation, M. Vijonet, d’ouvrir de nouveaux centres techniques d’enseignement supérieur en vue de permettre à d’autres jeunes de poursuivre leurs études supérieures dans leur propre région, tout en restant proches de leur famille et de leur environnement socioculturel.

Cette dernière démarche représente, selon l’intervenant, un pas important vers une meilleure équité territoriale en matière d’accès au savoir, à la connaissance scientifique et aux formations universitaires.

Le recteur n’a cependant pas occulté les difficultés auxquelles ces institutions sont confrontées. Insuffisance des ressources, infrastructures limitées, équipements inadéquats et faiblesse du financement public constituent autant d’obstacles qui réduisent leur capacité à répondre pleinement aux besoins de la jeunesse et aux exigences du développement national.

Le Dr Édouard Jules a donc insisté sur la nécessité d’un engagement beaucoup plus substantiel de l’État, mais également de la société haïtienne dans son ensemble. Pour lui, les UPD ne doivent pas être perçues comme de simples établissements universitaires implantés en province, dans les différents départements de la République d’Haïti. Elles représentent un investissement stratégique dans le capital humain du pays et devraient, à ce titre, bénéficier d’un financement régulier, d’infrastructures adaptées, d’un corps enseignant renforcé et de programmes de formation davantage alignés sur les besoins économiques et sociaux de chaque région.

Au terme de ce forum, un constat s’impose : vingt ans après leur lancement, les Universités publiques en région, devenues Universités publiques départementales, ont incontestablement contribué à élargir l’accès à l’enseignement supérieur en Haïti, mais elles restent loin d’avoir atteint leur plein potentiel. Leur avenir dépendra largement de la capacité de l’État à faire de l’enseignement supérieur public une véritable priorité nationale.

Le débat ouvert par L’Olivier Magazine autour de ces vingt années d’existence des UPD mérite ainsi d’être poursuivi. Car la question n’est plus seulement de savoir pourquoi ces universités ont été créées, mais surtout de déterminer ce que l’État et la société haïtienne sont prêts à investir pour qu’elles deviennent de véritables moteurs du développement des départements et, plus largement, de la reconstruction du pays.

Par Pierre Josué Agénor Cadet

2 réflexions sur «Universités publiques départementales : vingt ans après, quel avenir pour le savoir en région ?»

  1. Bravo pour ce rappel proposé par le ministre dans cet article.

    Je suis moi-même l’un des bénéficiaires de cette formation dispensée à l’UPSAC. À l’époque, mes parents n’avaient pas les moyens de m’envoyer à Port-au-Prince pour poursuivre mes études universitaires. J’ai donc choisi de rentrer aux Cayes et d’intégrer l’UPSAC, où j’ai obtenu ma licence en Sciences de l’éducation.

    Grâce à la formation reçue à l’UPSAC, j’ai ensuite eu la chance de poursuivre mes études de master dans deux universités françaises. Aujourd’hui, je prépare un doctorat et j’ai également le privilège d’exercer comme enseignant-encadreur à l’UPSAC.

    Mon parcours témoigne de l’importance des opportunités de formation offertes en région. Ces initiatives permettent à de nombreux jeunes, qui n’auraient pas nécessairement les moyens de se rendre à Port-au-Prince, d’accéder à une formation universitaire de qualité et de construire leur avenir.

    Bravo donc aux initiateurs de cette action publique en faveur des jeunes Haïtiens vivant en région, qui sont trop souvent marginalisés. Investir dans l’enseignement supérieur en région, c’est aussi investir dans l’égalité des chances et dans l’avenir du pays.

    Charly DORCE

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